Le sourire joyeux du passé

 

francine
Francine, tout sourire

C’est toujours au cours d’un repas, après un bon moment, que son nom résonne dans la bouche d’un convive, toujours avec bonne humeur et une pointe de nostalgie. Moi, sur ma chaise à l’extrémité de la table, je ne l’ai jamais rencontrée mais malgré tout je connais cette personne que j’aurais sûrement appelé « mamie Francine ».

De mon bout de table, je l’imagine un peu plus précisément à chaque repas, me nourrissant de chaque petit détail à son sujet, chaque anecdote et chaque histoire qui me permettent de l’apercevoir au fur et à mesure que les plats s’enchainent. Je vois cette femme que certains appellent maman, « ma femme » ou tout simplement par son prénom Francine, tous avec une voix rêveuse leur rappelant le passé.

C’est toujours avec joie qu’elle est présente, passive comme moi à écouter et à penser. Je l’imagine comme moi avec un sourire au bout des lèvres, nous écoutons ensemble les souvenirs communs à la tablée la concernant, la manière dont elle préparait ses bouchées à la reine avec un arrière-goût du Sud, ou bien la joie de son mariage avec l’homme de sa vie que j’appelle aujourd’hui affectueusement Papy.

Tous ces petits souvenirs qui arrivent en fin de repas me permettent de la voir, et je l’imagine sûrement avec des vêtements plus anciens que ceux de son temps. Malgré cette erreur de mode de ma part, elle danse et chante comme le fait ma mère dans ses moments de bonheur. Elle est parmi nous sans pour autant être au centre de l’attention, sa présence est discrète pourtant tout le monde peut la ressentir.

C’est toujours au moment de quitter la table que mon regard finit par traîner sur les meubles m’entourant quand enfin je vois une photo d’elle, souriante sur le pas de la porte de sa maison. Elle rayonne, je l’admire en passant moi-même le pas de cette porte que j’ai si souvent traversé durant mon enfance. Ce sourire, il est pour moi, mais aussi pour tous les convives qui s’en vont après un bon repas ; certains passeront à côté de ce rire et d’autres seront prêts à chaleureusement l’accueillir.

Pourtant, Francine, je ne l’ai jamais rencontrée mais je la connais, elle fait partie de moi, je pourrais vous compter son histoire, ses astuces de cuisinière, mais aussi ses colères et enfin ses joies. Je pourrais vous dire avec le plus grand plaisir qu’elle aime tous ces repas partagés ensemble autour de cette table qui nous réunit tous. Je pourrais vous dire qu’elle est heureuse car elle est là, présente, bienveillante et par-dessus tout souriante.

C’est toujours un sentiment de joie qui nous envahit, en pensant à cette personne inconnue mais tout de même omniprésente. Chacun la connait comme un mythe existant à travers ces rapides contes qui surgissent au cours d’un repas, d’une discussion ou bien d’une photo. On y repense avec le sourire, on participe par la suite à ses anecdotes qui viennent préciser une image de plus en plus claire, créant ainsi des souvenirs originaux, un passé commun.

Cette personne tout le monde la connaît, qu’elle soit du cercle familial ou un ami, elle finit par être une présence que l’on embrasse au plus profond de nous sans trop savoir pourquoi. Ce souvenir irréel qu’on se construit est joyeux comme un regard bienpensant en arrière. Il ne s’agit pas de s’attrister ou même de pleurer quelqu’un qui n’est plus là, mais plutôt de faire vivre une personne à travers nous, nos histoires, nos discussions pour finalement sourire ensemble autour d’une table bien garnie.

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