Paddington, c’est du lourd

paddington screen
Les adorables nouveaux amis de l’ourson.

Ce n’est ni dans son sac, ni dans ses manches que Paddington cache ses tours, mais bien sous son chapeau. Dans ce deuxième épisode pourtant superflu au vu du récit fermé qu’offrait le premier film des aventures de l’ours londonien, aucune déception n’attend le spectateur convaincu par quelques bandes-annonces intelligemment évasives. Un Hugh Grant énergique et grisonnant à souhait remplace la Cruella De Vil de Nicole Kidman dans le rôle de l’antagoniste égocentrique, une mutation jouissive après la fade reprise du motif de l’animal pourchassé que faisait le film précédent.

L’esthétique soignée et les couleurs de Paddington 2 n’ont rien à envier à un Grand Hotel Budapest, avec des scènes se lançant à cœur-joie dans des images d’or ancien et de manèges secrets autour du cirque russe de Madame Kozlova, une trapéziste dont l’œuvre mène à une course-poursuite à travers Londres, tout naturellement. Mais si l’enchainement des événements de cette histoire policière reste un moyen de faire rêver un public majoritairement en âge de promener ses nounours jusqu’à dans la salle de cinéma, la minorité accompagnatrice – c’est-à-dire, ceux dont les peluches ne sortent des placards que certains dimanches particulièrement pluvieux – peut aussi profiter de quelques prises théâtrales. Une vue depuis le haut de la nef de St Paul, suivant avec le vigile l’avancée d’une procession de sœurs écarlates parmi lesquelles se cache le voleur Phenix Buchanan, laisse voir le carrelage décoratif au sol et la précision du travail des murs en pierre. Cette pause de quelques secondes avant de reprendre la course effrénée des héros est filmée de manière rigoureusement symétrique, et elle apporte une charge dramatique qu’il ne serait pas surprenant de trouver dans l’une des séries historiques du moment.

Au fil de l’enquête de Paddington et des Browns, la trame évolue pas à pas vers le drame. En plus d’une petite révision de la triste histoire familiale des ours Péruviens, le film évoque des thèmes difficiles autant socialement qu’émotionnellement, comme l’abandon, le sentiment d’injustice et l’enfermement.

Alors que le premier épisode n’abordait que légèrement l’idée de confiance jusqu’à ce que l’ourson réussisse à faire accepter sa pilosité au sein de ses nouveaux voisins, Paddington 2 perd ses couleurs enfantines lors d’un passage en prison. Le temps de se faire de nouveaux amis, certes, mais aussi le temps d’être brusquement confronté aux quatre murs d’une pièce froide et de goûter, lorsque les portes se verrouillent, à un sentiment d’impuissance qui semble bien amer même pour un amateur de marmelade. Au moment d’ajouter la violence gratuite à cette liste de concepts déjà bien lugubre, le film fait demi-tour et Paddington distribue amour et joie de vivre à grands coups de tartines. La suite de l’histoire continue néanmoins d’osciller entre deux atmosphères, rappelant sans doute que ces déséquilibres momentanés restent une invitation aux « grands » plus subtile que le string d’un nain de jardin en pleine démonstration de twerk. Je laisserai donc quelqu’un d’autre s’attarder sur l’éventail conceptuel du prochain Sherlock Gnomes.

Pour faire de la place à ces nouveaux soucis, Paddington 2 laisse de côté une partie de l’humour maladroit sur lequel se fondait le premier volet. Il est cute, il fait toujours de son mieux et il a encore des progrès à faire pour se fondre dans notre monde, mais cette fois le petit ours ne se frotte réellement qu’à un objet frustrant : un rasoir électrique. Le gag est court, relativement bien ficelé et ne trouve écho que dans quelques autres scènes du film, un soulagement après les chutes répétées dans lesquelles l’ours avait initialement entrainé les réalisateurs.

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